Du « Format » des Cigares…

« Format » des Cigares… réflexions

Présent dans l’industrie depuis plus d’un siècle, les différentes générations qui se sont succédées dans notre magasin n’ont jamais connu l’effervescence que le monde du cigare vit aujourd’hui. Est-il utile de rappeler que nous disposons à présent de plus de 600 cigares faits-mains différents en stock… ? En effet, malgré les clichés et les stéréotypes liés aux cigares, bon fumer est devenu un art plus « populaire » qu’auparavant. En effet, aujourd’hui, tout le monde peut s’offrir un bon cigare et le fait plus volontiers. Je profite de l’occasion pour vous remercier, chers lecteurs, de votre intérêt et de votre fidélité.

Ceci dit, avec le recul de ces quinze dernières, nous avons pu assister à une mutation des modules qui retiennent l’intérêt des aficionados. Ils sont devenus de plus en plus gros passant d’un cepo de 48 (corona) qui était le standard à des cepo de 60 (plus gros que le robusto qui est à 52 au départ ne l’oublions pas) et parfois même plus.

Est-ce une mode ?

Je pense que oui, les aficionados toujours en quête de nouveautés se laissent facilement séduire. De plus, un cigare opulent est plus facilement plaisant.

Pour quelle raison cette mode s’est-elle imposée de façon aussi unanime ?

L’élément de réponse principal provient de la crise qualitative que les cigares cubains ont connut dans le début des années deux mille. A ce moment, le corona était le format de « référence » mais beaucoup avaient des problèmes de tirage. Naturellement et par dépit, les consommateurs se sont tournés vers des cigares aux plus larges diamètres afin d’optimiser leur chance d’obtenir un tirage satisfaisant sur leur mélange préféré. Les diamètres « robusto » et plus grands se sont alors imposés. Avec le temps, il y a même une véritable méfiance qui s’est installée envers les cigares de diamètres inférieurs au ring de « 52 ».

Les cigares sont ils meilleurs avec un plus grand diamètre ?

Nous allons ici rentrer dans un domaine plus technique. Il ne faut pas perdre de vue qu’un cigare est un produit un peu magique où la chimie du mélange est la véritable clé d’un Grand Cigare. Dans chaque cigare, pour rappel, cinq feuilles le composent : trois de tripe (Ligero, Seco et Volado), une pour la sous cape et enfin une pour la cape. Cette dernière EST, croyez-moi, probablement la feuille la plus importante, contrairement à pas mal d’idées reçues. En effet, par rapport à toutes les autres, elle est la seule que nous goutons « physiquement », c’est elle qui procure l’interaction entre la fumée des feuilles de tripe et le gout du tabac qu’elle donne dans la bouche. L’équilibre entre son goût et celui de la fumée est donc capital ! Elle constitue la colonne vertébrale des cigares, c’est elle qui donne le ton. En fonction de son origine et du terroir, les variations gustatives sont très importantes.

De plus, en ce qui concerne la combustion, il se doit d’y avoir un équilibre dans les proportions avec la tripe. Ainsi, plus le diamètre est gros, plus la proportion de goût entre la cape et la tripe sera petite. Plus le diamètre sera grand, plus elle s’effacera. Au final, on perd véritablement quelque chose. Les fabricants ont beau ajuster les mélanges sur les diamètres plus imposants, on perd trop souvent le côté « évolutif », c’est pour cette raison.

Réflexions…

Fidel Castro était une véritable icône du monde du cigare, certainement la plus grande. Pour rappel, son cigare préféré était le « Lancero », un long panatela, et ce n’est pas par hasard. Voilà un format qui apparaît aujourd’hui tout à fait désuet. Et pourtant, sachez que dans l’industrie, il a toujours été et est toujours considéré aujourd’hui comme LE format de référence pour goûter un mélange. Ils sont toujours présentés par les producteurs comme le meilleur de leur savoir-faire. Ce format est celui qui cristallise le mieux ce qu’il me plaît d’appeler la « quadrature du cercle » : cet exercice impossible où l’on arrive à obtenir à la fois le maximum de puissance et le maximum de finesse et de complexité. Mais c’est un module très compliqué à composer et à rouler. L’agencement de la tripe requiert le plus haut niveau de torcedor. Le mélange doit également être dosé à la perfection. Aujourd’hui, bien peu de producteurs s’essayent encore à en commercialiser parce qu’ils n’arrivent probablement pas au résultat désiré. D’une certaine manière, le savoir-faire commence à se perdre.

Petite leçon d’arithmétique

A présent, prêtons nous à la comparaison : rouler un 6 X 60 est un exercice beaucoup plus simple. Point n’est besoin d’un torcedor expérimenté, on peut y aller franco. Le mélange de tripe ne souffrira pas d’une demi feuille en plus ou en moins et le tirage sera toujours bon. Cerise sur le gâteau pour l’industrie, un torcedor arrivera à en rouler une grosse centaine sur sa journée alors qu’il n’arrivera qu’à une cinquantaine sur un format comme le « lancero ». La rentabilité d’un format à l’autre est donc du simple au double.

Un peu d’espoir

Ainsi, cette « mode » fait la part belle à une certaine industrie. Celle qui recherche la rentabilité à tout prix et qui a des comptes à rendre à ses actionnaires, car notre petit monde compte également son lot de multinationales. Cependant, il existe encore certaines familles dans le monde du tabac qui restent passionnées et qui sont les véritables gardiens de ce savoir-faire ancestral. Celles-ci sont toujours capables de réaliser ces œuvres d’art. J’ai proposé à quelques producteurs et distributeurs l’idée de revoir ce format quelque peu oublié. J’espère que dans les prochains mois, je serai en mesure de vous en proposer un éventail plus large à votre disposition. A mon avis, ce format ne peut se permettre d’être oublié.

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