Question de Goût

Confusion

Dans notre domaine d’activité qu’est le goût, j’ai la sensation que règne la plus grande confusion. En effet, dans notre ère de la communication, « l’information » ne manque pas ! Que ce soit « l’industrie », « les détaillants », « la presse », les « blogueurs », les « passionnés » et les membres de réseaux sociaux, tout un chacun ne manque pas de « partager » son opinion, compétente, posée, passionnée, … ou pas.

Je pense qu’un néophyte doit se sentir vraiment perdu dans cette nuée d’informations où l’on a l’impression qu’un courant invisible canalise « le bon », ou du moins ce qui devrait l’être (?), un espèce de « vecteur commun » où tout un chacun devrait courir derrière la même chimère, un miroir aux alouettes où l’on cherche son alter ego…?

J’ai pensé qu’il était peut-être temps de remettre quelques pendules à l’heure et de donner un avis qui, une fois de plus, risque d’être quelque peu différent de l’ambiance actuelle… Il n’en reste pas moins le fruit de cinq générations d’expertise dans notre secteur d’activité.

L’Essentiel

Au risque de me répéter, s’il y a bien quelque chose de personnel, c’est bien le goût. N’y a-t-il pas de meilleur moyen de blesser quelqu’un en lui disant que ce qu’il apprécie le plus est mauvais et sans intérêt ? Ce domaine nous touche au plus profond de nous même, il est intime au sens le plus littéral. C’est pour cette raison qu’il peut déchaîner autant de passion et parfois, malheureusement, autant d’excès.

Avant tout autre discours, je souhaite vous dire qu’il n’y a pas de meilleur gout que le vôtre, qu’il n’y a pas de meilleur palais que le vôtre. La seule chose qui compte vraiment est le plaisir et la volupté que vous apporte la dégustation d’un cigare, d’un vin ou d’un alcool. C’est bien vous qui consommez ces produits et il serait vraiment dommage de le faire pour suivre un courant ou une opinion pour se revendiquer « connaisseur ».

Les clés de l’apprentissage

Le goût est un véritable apprentissage et se contenter du « J’aime » ou « Je n’aime pas » ne suffit pas. Il appelle au questionnement, à la pratique assidue et à la connaissance des terroirs. Avoir un avis est bien normal et même très important, mais cette opinion doit se forger à force de pratique, de comparaison et de compréhension. Les quatre pistes à suivre pour apprendre :

« Le Plaisir » : C’est le maître-mot de notre pratique favorite ! Si l’on consomme ces produits c’est avant tout pour le Plaisir ! Les produits qui stimulent votre regard, votre odorat, votre goût et votre intellect doivent vous apporter des sensations plaisantes qui vous invitent à répéter l’expérience. Cela nous permet d’arriver à « l’équation plaisir » : en fonction de vos habitudes alimentaires, du moment, de la compagnie et de votre prédisposition physique et psychologique, vous pouvez tantôt vous orienter vers un produit « simple », tantôt vers un produit plus « compliqué ». Cela nous appelle vers la deuxième piste…

« L’introspection » : La pratique des produits de bouche est un voyage vers soi-même où vous seul êtes juge et maître. Ainsi, soyez libre de préférer un produit qui ne fera pas l’unanimité. J’enchérirais même sur les usages culturels où d’un continent à l’autre, on peut préférer le whisky ou le rhum,…etc.

« La mémoire » : C’est l’expérience qui prend toute sa dimension. En effet, afin d’avoir la capacité de mûrir un jugement digne de ce nom, la comparaison est indispensable et donc, le souvenir des précédentes expériences est essentiel.

« La compréhension » : La dernière piste à explorer est la compréhension du produit. Ce cigare est poivré, ce vin est tannique, ce whisky est tourbé,…mais pourquoi ? Ces sensations appellent à la connaissance du terroir d’où provient le produit et bien entendu des hommes qui l’ont créé. En développant ainsi vos connaissances, vous pouvez réellement « entrer » dans le produit, comprendre pourquoi il se présente ainsi.

Par exemple, vous appréciez les vins précis et tendus, vous saurez qu’un millésime « peu ensoleillé », grâce au travail fructueux d’un bon vigneron, présentera la « tension » et la « fraîcheur » que vous attendez. A l’inverse, à un autre moment, vous chercherez un vin plus consensuel et vous allez vous orienter vers un millésime « chaud » qui présentera des vins qui seront centrés sur le sucre (je caricature). Il en va de même avec les cigares. Vous appréciez les cigares capiteux et vous en partagez un avec un ami novice. Vous lui proposerez tout naturellement un cigare doux et accessible quand votre faveur ira vers un mélange plus puissant.

Le plaisir se trouve sous toute forme pour autant que les hommes qui participent à la création de nos cigares, vins et alcools favoris soient de vrais professionnels. Des personnes qui ont la compétence pour extraire l’essence de chaque récolte, production,…etc. Vous l’avez compris, le goût n’est pas « unique », il est « pluriel ».

Question de goût …

Ca y est, vous êtes un aficionado averti, un dégustateur expérimenté, un praticien émérite. Mais quels sont donc les produits qui doivent retenir votre attention ? Pourquoi tel ou tel produit sort du lot ? Je trouve ça vraiment bon, mais pourquoi cela me plaît-il tant ? Ces questions sont les plus compliquées et il ne faut certainement pas s’en affranchir. Au contraire, elles sont importantes, capitales… et subjectives.

Aïe, ce dernier mot m’effraye un peu, mais c’est ici que les quatre générations qui m’ont précédé me poussent à vous expliquer ce qui retient notre attention, au travers de toutes les modes, de tous les avis, sans jamais succomber aux clairons des journalistes et autres hypnotiseurs.

Un peu d’humilité

Certes, nous avons une totale liberté dans nos préférences. Cependant, il faut également prendre conscience de l’influence des « effets de mode » et des couleuvres que certains lobbies veulent nous faire avaler. Nous devons conserver un éveil permanent et rester à la découverte des perles cachées (il y en a toujours). Bref, se fixer une ligne de conduite, une rigueur et essayer d’avoir le recul nécessaire sur ce que l’on nous propose.

Ici, je vais parler des réflexions familiales, celles qui n’engagent que notre Maison et qui, en quelque sorte, définissent notre singularité.

Ne tombez pas dans le piège

Dans les tendances « à la mode » où l’on entend souvent des mots comme « concentration », « puissance », « explosif », « boisé »,…etc. Un discours et des produits qui se veulent démonstratifs et parfois même vulgaires ! Vous devez prendre conscience que marquer fortement un produit par une caractéristique est facile ! Un whisky très tourbé, un cigare très poivré, un vin très tannique, … c’est chose bien facile à réaliser pour un producteur. On vous raconte une jolie histoire, on vous l’emballe avec une belle boîte et on ose même parfois vous parler de terroir ! Le tour est joué, vous vous êtes fait « avoir ». Dès qu’un produit tombe dans la caricature, bien qu’il puisse être divertissant, il ne franchira jamais la marche du panthéon des grands produits. Ne l’oubliez pas.

De plus, ne vous laissez pas dominer par la dictature du « nouveau », cherchez toujours le « bon » !

Le vrai grand produit de bouche est bien différent et repose sur :

« L’équilibre » d’un produit est quelque chose de très difficile à obtenir. Le ni trop, ni trop peu, le funambule sur son fil… le point infime où les arômes se marient dans une osmose parfaite, celui où les sensations sucrées, salées et amères se marient pour nous donner une impression soyeuse en bouche – voilà qui force le respect.

« La finesse » est bien plus plaisante qu’un « coup de poing ». C’est l‘élégance que nous recherchons, cette caresse qui flatte vos sens et les portent à l’exaltation – le raffinement.

« La complexité » est peut-être la caractéristique la plus importante d’un grand produit de bouche. Lorsque l’alcool n’est ni trop jeune ni trop vieux. Quand les arômes de la jeunesse sont encore présents et que l’on profite également des arômes de la maturité. Lorsque le mélange retenu pour un cigare nous fait embrasser une palette aromatique sans fin… C’est dans ces configurations si particulières qu’un produit atteint la complexité… et la magie. Dans ces moments privilégiés, les produits nous racontent de véritables histoires. Elle est indispensable car elle permet de ne jamais se lasser. A chaque bouffée, à chaque gorgée, quelque chose de nouveau apparaît et l’histoire continue… N’est-ce pas cela que tout amateur devrait rechercher?

« La longueur » est le dernier critère à rechercher dans un grand produit de bouche. Il est plus pragmatique que les précédents mais tout aussi indispensable. Elle est votre contrôle-qualité, comme je le dis souvent. Si votre produit est long en bouche, cela signifie que le producteur a réussi à capturer le maximum de molécules aromatiques grâce à son travail, et ce n’est pas un exercice facile ! C’est souvent ici que des mots tels que « terroir » ou encore « savoir-faire » prennent toute leur dimension. On attend d’un grand cru, d’un grand alcool et d’un grand cigare qu’ils soient longs – cela va sans dire !

Conclusion

Vous voici à présent armé afin d’évoluer dans ce secteur, d’y créer votre univers et vos références. Grâce à la pratique, vos moments réussis seront de plus en plus nombreux. Vous allez aiguiser vos sens et cultiver votre esprit. A la place d’être un « poisson pilote », vous montez à bord d’un navire dont vous arborez les insignes de capitaine. Que la mer vous soit douce et que les océans que vous allez explorer regorgent de belles découvertes !

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